On y arrive par une petite route qui serpente dans la campagne verdoyante et les petits bois encore sauvages. Le soleil adouci par le ciel de feuillage, la fenêtre ouverte, je roule doucement pour humer la fraîcheur du sous bois. Je suis légère, heureuse de retrouver cet endroit où j’ai passé tant de bons moments.
Une ouverture dans la forêt, je suis au milieu d’un paysage féerique de collines boisées et de prairies aux fleurs multicolores.
J’arrive au village, je gare ma voiture près de la petite église, toujours la même fontaine sur la place, celle où enfant je venais patauger avec mes cousins quand nous devions aller chercher du pain. Je passe devant la boulangerie, ça sent si bon, la farine, le pain frais une odeur de campagne, qui donne tellement envie de croquer dans un morceau de ces couronnes de pain dorées, qui croustillent. Des miettes partout, de la farine sur le coin de la bouche, je retourne près de 20 ans en arrière.
Je repars non sans avoir acheté du pain, à pied pour retrouver le petit chemin qui monte sur la colline. J’arrive à la barrière, mon cœur bat à tout rompre, cela fait si longtemps
J’ouvre la porte en bois. Un immense sentiment de liberté m’envahit. Je monte le chemin tout doucement en respirant à pleins poumons l’air pur de cette campagne.
De chaque coté des prairies à perte de vue. En cette saison, des milliers de fleurs de toutes les couleurs et de toutes les formes forment un tapis qui semble si moelleux si doux et qui sent si bon. J’enjambe le fossé et j’entre dans la prairie, mon panier sous le bras. Je cueille une fleur de chaque sorte : rouge, jaune, mauve, rose, bleue, orange… j’enfouis mon nez dans mon bouquet, je pense à vous Mémaine et Titi. Je reviens sur le chemin et je continue mon ascension.
Ca y est j’y suis presque, j’aperçois devant moi les deux tilleuls, ils sont encore plus grands que dans mes souvenirs. Sur la droite je vois le toit de la maison, j’accélère le pas, je cours presque.
La grille immense en fer forgé a pris de l’âge, mais elle m’ouvre la porte de mon paradis a moi. J’ouvre avec cette grande clef ouvragée que m’a confiée ma grand-mère. Elle grince, je pousse le battant et j’entre.
Rien n’a changé, le temps c’est arrêté. Le puits trône au milieu de la cour, avec son petit toit de tuiles grises, je m’approche le seau est toujours la. Je regarde autour de moi, la maison du gardien sur ma gauche avec son petit coin de potager, un peu à l’abandon.
Puis la grange, nos batailles dans les bottes de paille, nos jeux de cache-cache, j’entends encore nos rires.
Les écuries, qui sentent la poussière et respirent une histoire si riche, quelques vieux outils trainent dans un coin. Mes yeux me piquent.
Le poulailler, où j’allais avec toi ma Mémaine chercher les œufs frais. J’avais toujours peur de me faire pincer les mollets, mais tu savais y faire pour me rassurer et c’est les mains pleines que nous retournions à la cuisine pour préparer un gâteau pour le goûter.
Et enfin la maison. On y entre par la cuisine, une grande salle dominée par une immense cheminée où je peux me tenir debout, je sens l’odeur des confitures, j’entends vos voix qui nous parlent du temps de la vie de la ferme, de votre enfance, simple mais si heureuse.
Je m’installe dans ton fauteuil Titi, j’ai la sensation d’être sur tes genoux, tout comme lorsque petite fille tu m’apprenais à tricoter une écharpe interminable. Tu me donnais les instructions car tu ne pouvais plus me les montrer, tes yeux ne voyaient plus, mais toute ta tendresse je la ressens.
Comme si tu me prenais par la main, je ressors, je me dirige vers le jardin. Il est en fouillis mais je retrouve les arceaux où s’accrochent des roses trémières en fleurs elles sentent bon…Quelques abeilles volent de fleur en fleurs. Au fur et a mesure du chemin je découvre parmi les broussailles les framboisiers et leurs fruits qui semblent si gorgés de soleil, j’en cueille une, puis deux, hummm c’est si bon, je repense aux confitures, je reviendrais avec mon panier. Un peu plus loin du cassis, quelques fraises des bois au ras du sol, j’arrive à la charmille de buis, tu te souviens Titi, celle où nous venions nous cacher avec ma cousine quand nous n’avions pas envie de rentrer pour nous coucher. Je m’assieds quelques minutes, les larmes coulent, je me sens si bien, sereine apaisée loin du monde.
En sortant, je découvre que la ruche est toujours la, elle doit déborder de miel, mais je ne m’y risque pas, les abeilles sont chez elles c’est leur domaine.
Je retourne sur mes pas, je rentre dans la maison et me voilà assise à la grande table, en train d’écrire tout ce que vous venez de lire. Un jour je vous le promets, je vous ferais découvrir en vrai ce coin de paradis, cet endroit où le temps n’existe plus, où la vie reprend tout son sens…