Accueil­Portail­S'enregistrer­Connexion
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 reveries au clair de lune

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
mapi



Nombre de messages: 39
Age: 56
Date d'inscription: 21/12/2008

MessageSujet: reveries au clair de lune   Sam 14 Fév - 15:58

Rêverie au clair de lune


Marie a ouvert en grand la fenêtre de sa cuisine, pour fumer, à l’air, pour éviter d’infester la maison, juste avant d’aller dormir. Elle ne parvient plus à détecter le sens de ce bout de vie qui lui reste, plus court que celui qui se termine, un peu plus court chaque année.
Quelle belle lumière en cette nuit d’hiver s’étale sur l’herbe du jardin asséché par le froid !
Le jardin pour les fleurs, et pour les enfants...
Ses enfants ne sont plus des enfants. Son fils lui a dit l’autre jour, « tu sais, je sais me débrouiller, seul, je suis un homme maintenant »
Un homme,
Elle a, bien souvent et longtemps, tenté d’en garder un auprès d’elle : vivre un amour, était son idéal,
pas un amour, non, mais une longue vie à deux, un compagnonnage du pire et du meilleur, quelque chose d’inébranlable, qui échapperait au temps et aux ennuis, ce partage de tendresse et d’amitié, qui rassure, qui protège, qui fait plaisir tout le temps…
Maintenant la lune lui apparaît haut dans le ciel : pleine et blanche, régnant sur les étoiles tout autour, bien plus certaine et permanente que toutes les histoires d’amour qui défilent dans sa mémoire, et dont il ne reste que des histoires...
Elle voudrait bien rêver ce soir, encore, et parler follement avec elle-même, sans réfléchir, mais la tisane à la réglisse qu’elle boit par petite gorgée, trop bouillante, lui réchauffe le gosier, mais ne l’enivre pas assez.
Juste dormir, et puis repartir vers le jour. Un jour qui sera comme aujourd’hui, les mêmes heures, les mêmes révoltes, les mêmes renoncements, les mêmes chemins.
Avant, elle se battait davantage, mais son idéal éclate à présent en morceaux d’illusions qu’elle sait lâcher dans les airs, comme des ballons rouges, blancs, verts, bleus. Avant, c’était quand elle croyait si fort en son destin.
Le vent se lève, et s’engouffre dans la cuisine, soulevant les rideaux, jouant dans ses cheveux.
Marie cherche encore un projet parfois, pour partir au combat, espérant que le combat fera naître l’envie, qui fera naître le plaisir, qui fera naître une autre femme...
C’est pourquoi elle se montre si attentive aux évènements du monde, pour lire entre les images, entre les lignes, entre les mots, une sorte d’appel qui l’emporterait toute entière.
Il faudrait bien partir, ah ! Ce serait bien l’Andalousie !
Quel mot de rêve, il est si doux ce mot, il lui parle depuis si longtemps, « anda », cela veut dire aller, comme aller vers le doux du lou de l’Andalousie, une petite maison accrochée aux rochers, toute blanche de chaux, et tout autour, les oliviers, oliviers de Jaén, ou bien les orangers, ou le Guadalquivir, immense et paresseux parfois.
Elle dirait : « je vis en Andalousie, loin des choses, loin d’ici ».
Le froid court après le vent qui se renforce, et refroidit la nuit, alors que la lune rayonne et se tait,
Marie le voit, et frissonne.

Elle ferme la fenêtre, pour protéger la maison de la chaleur qui, bientôt, va envahir le jour, et entend les persiennes grincer lentement dans les rues du village. Tous ces yeux des maisons se ferment, les uns après les autres, ne laissant plus passer que des raies de soleil, où scintillent des milliers de poussière, suspendues, trahies par la lumière.
Dehors, les cris des gosses raisonnent dans les ruelles, les hommes rentrent des champs, et les femmes se parent de leurs habits de fête.
On entend des échos de guitare, et des talons qui claquent pour un « sapateo » imprévu, au café, tout là-bas.
C’est la fête au village, aujourd’hui, elle s’avance, comme une joie timide tout d’abord, et puis elle va grandir, gagner l’espace, et les cœurs, jusqu’au petit matin.
La carriole où Marie a pris place, sautille et trébuche dans l’étroite ruelle, qui grimpe au milieu du village fleuri.
Un filet d’eau s’écoule, petit serpent d’argent chuchotant doucement au milieu des pavés rafraîchis. La lumière y dessine les noires dentelles de quelques balcons étroits qui ornent les maisons les plus hautes.
Les grilles de fer accrochées aux fenêtres se voient à peine, au milieu des façades éblouies, éclatantes du blanc qui les habille.
Marie déploie son éventail rouge et s’évente le visage brièvement, et puis le pose, ouvert, sur sa longue robe jaune. Les cheveux retenus par des peignes en ivoire, se serrent dans un grand ruban noir, où elle a accroché une grappe de fleur d’oranger, parfum sucré pour celui qui la frôle.
Les enceintes des arènes narguent le ciel d’un bleu presque marine; la foule attend, à la fraîcheur des murs.
Marie se rend elle aussi à la première corrida de la saison.
Bientôt le taureau va danser avec la mort, dans le sable et la poussière assoiffés de son sang.
Elle arrête son cheval, par un léger mouvement sur les ceintures de cuir, contemple l’horizon, en plissant les yeux. Elle croie voir la mer, tandis que derrière elle, les oliviers verts pâles, à perte de vue, sur le tapis ocre de la terre andalouse, dessinent un immense damier.
Les portes s’ouvrent en grand, en même temps que s’élève la clameur des hommes en noir, et des femmes en jupons multicolores.
Alors, Marie frissonne.
Revenir en haut Aller en bas
Numéro9
Maître des mots
Maître des mots


Nombre de messages: 753
Age: 44
Localisation: En passant par la Lorraine
Date d'inscription: 15/10/2008

MessageSujet: Re: reveries au clair de lune   Lun 16 Fév - 23:04

Hello Mapi.
Un texte très bien écrit, égal dans sa densité de bout en bout.
Deux décor opposés, l'un froid, pour décrire une vie laborieuse et quelques désillusions... L'autre chaud, pour croire encore au rêve et mener à bien les années qu'on a encore devant soi.
Peut-être même que le rêve est devenu réalité???
C'est en tout cas une possibilité que tu laisses entrevoir...
Enfin, si je ne m'abuse.
Bien à toi.

_________________
Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre! (Patrick Mc Goohan, n°6)
Revenir en haut Aller en bas
mapi



Nombre de messages: 39
Age: 56
Date d'inscription: 21/12/2008

MessageSujet: Re: reveries au clair de lune   Mar 17 Fév - 19:31

merci pour ton commentaire, he oui, j'aimerais bien, faut pas trop réfléchir parfois, tchao!mapi
Revenir en haut Aller en bas
philco78
Maître des mots
Maître des mots


Nombre de messages: 2189
Age: 47
Localisation: IDF
Date d'inscription: 14/10/2007

MessageSujet: Re: reveries au clair de lune   Mer 25 Fév - 0:01

Quelle jolie histoire !! Côté gris et côté rose... moi je préfère les fleurs !!

Phil
Revenir en haut Aller en bas
http://20six.fr/sensual/
 

reveries au clair de lune

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
AMOUR DE POESIE :: Amour de plume :: Prose, conte, roman, nouvelle et fable-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet