C’est comme un grondement lointain, comme un glougloutement et je sens le courant qui emporte un air plus frais. Le clapet s’ouvre soudain et des débris arrivent, l’odeur est agréable : odeur de lait sucré, de farine maltée, de miel et un amalgame de fruits mâchés menus. Les parois de ce lac s’agitent et des bulles d’acide viennent crever à la surface.
Là haut, tout là haut, j’entends de la musique et des frottements que je ne situe pas bien. Je n’entends seulement que les bruits sourds et répétitifs qui rythment les mouvements des conduits qui viennent pomper le liquide nourricier et l’apporter par un secret maillage dans toutes les sphères de cet endroit où je suis.
Je vis à l’abri, dans la moindre parcelle, au creux de chaque logement qui m’abrite.
Je suis l’eau indispensable à la vie de l’enveloppe qui recèle dit-on une âme.
Je remonte à la vitesse de la lumière dans cette masse blanchâtre qui ressemble à si méprendre à ce que l’on voit dans une noix.
Dis-moi petite pensée, que fais-tu donc accrochée à cette synapse hésitante ? Tu attends le signal ? Tu n’as pas eu encore le droit de te formuler car même pour cela tu as besoin de moi, l’eau ! Ce ne sont que billevesées car j’ai beau être omniprésente je manque parfois d’éléments pour parfaire ma tâche. L’on dit même qu’un jour je pourrai manquer et alors toute vie s’éteindra sur la terre !
Mais en attendant…
Viens je t’emmène dans un voyage sidéral aux confins des néants absolus…L’univers du plus petit s’anime pour nous, et vois : je suis encore partout, partout.
Cette lumière douce, que tu vois c’est une cellule dont le cœur est formé d’un cristal où bat une goutte infime d’eau…Et plus loin là-bas, ces deux formes oblongues aux parois lisses et nacrées, sont le réceptacle des eaux usées de cette machine vivante qu’on appelle corps humain.
Ce ballon de baudruche gonflé d’un liquide d’or, tu vas le voir se vider bientôt. Pourtant l’on dirait que l’entité que j’occupe n’est pas pressée : Peut-être a-t-elle encore d’autres choses à accomplir, là-haut, car je sens les muscles pelviens qui se contractent et les sphincters qui se crispent…
Et moi je me sens impatiente d’être expulsée maintenant car les parois de la vessie ne pourront bientôt plus me retenir.
Tant pis, je fais pipi au lit…
Et je coule chaude entre les jambes de l’enfant qui s’éveille en pleurant honteux de s’être laissé surprendre par un plaisir divin de relâcher la tension que son bas-ventre imposait à ses sens en éveils.