Les yeux fermés je laisse mon esprit rejoindre le cône bleu frangé de blanc intense qui s’anime sous mes paupières. Le sang bat à mes tempes et puis dans mon cou, et j’ai l’impression que mon oreiller est lui aussi un cœur qui palpite
Mes cheveux sont collés par la sueur : Cette sueur froide, collante, d’un corps que la fièvre quitte.
J’attends
J’attends que s’installe en moi l’assoupissement qui vient quelques minutes après la piqûre salvatrice.
J’attends
Et j’ouvre les yeux un instant.
Cristalline est la goutte qui de la poche pendue vient éclater dans la bulle de verre et puis suit le chemin d’un tuyau plastique jusqu’à ce corps étranger que l’on m’a greffé sous la peau pour recevoir la chimio…
Etrangement je me sens bien à présent. !
je suis du regard, la course d’une mouche qui se cogne à la fenêtre.. Elle serait si bien dehors, alors que le mois de mai fait fleurir les lilas.
Tous les soirs je guette, le retour des corbeaux qui colonisent les grands arbres.
C’est l’heure bleue où les lumières du plafond s’allument..
L’équipe de nuit va bientôt venir faire sa ronde
Odeur de tisane…et ma douleur qui s’efface doucement… doucement….
Je dors !